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Nouvelle publication de l'équipe Singh dans Genome Biology

De l’ADN viral ancien contrôle des gènes liés à la pré-éclampsie

Genome Biology, 9 mars 2026, Paris

Manvendra Singh, récemment nommé responsable de l’équipe RETROGEN à l'INEM arrive avec des résultats scientifiques remarquables. Avec des collaborateurs du Max Delbrück Center, de Cornell University et de University of Bath, son équipe a mis au jour le mécanisme moléculaire par lequel d’anciens fragments d’ADN viral contrôlent des gènes associés à la pré-éclampsie, une complication grave de la grossesse. L’étude est publiée aujourd’hui dans Genome Biology.

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Principaux résultats

  • LTR8B, un élément rétroviral endogène, agit comme un interrupteur régulateur.
    L’équipe a identifié LTR8B comme un élément cis-régulateur au sein du cluster de gènes des glycoprotéines spécifiques de la grossesse (PSG). Situé au niveau du locus PSG9, LTR8B reprogramme l’expression génique et influence d’autres membres de la famille PSG. La suppression d’une seule copie de LTR8B entraîne un effondrement de l’expression de l’ensemble du cluster PSG et perturbe la différenciation des cellules placentaires.
  • MER65 fournit des signaux alternatifs de polyadénylation.
    Un second rétroélément, MER65, introduit des signaux alternatifs de poly(A) qui génèrent différentes variantes sécrétées des protéines PSG. Ces variantes circulent dans le sang maternel et peuvent être détectées à l’aide de tests standards.
  • Implications pour la pré-éclampsie.
    La pré-éclampsie touche environ 3 à 8 % des grossesses dans le monde et demeure une cause majeure de morbidité maternelle et néonatale. PSG9 est le gène PSG le plus fortement surexprimé dans cette pathologie, avec des niveaux corrélés à une dérégulation des facteurs de transcription GATA3 et DLX5. En reliant des éléments régulateurs d’origine virale à l’expression des gènes PSG, cette étude met en évidence PSG9 comme un biomarqueur potentiel pour une détection précoce de la pré-éclampsie.

 

Discussion avec les auteur·ices (traduite en français depuis l'anglais)

« Une ancienne séquence virale peut agir comme un véritable mode d’emploi pour un gène placentaire », explique Dr Manvendra Singh, auteur principal de l’étude et directeur du nouveau laboratoire RETROGEN à l’INEM.
« Notre étude montre que des éléments rétroviraux, autrefois considérés comme de l’“ADN poubelle”, jouent en réalité un rôle essentiel dans le développement du placenta et pourraient ouvrir la voie à un diagnostic plus précoce de la pré-éclampsie. »

La Professeure Zsuzsanna Izsvák (Max Delbrück Center) ajoute :
« En passant de prédictions génomiques globales à des tests fonctionnels, nous avons pu démontrer que LTR8B et MER65 jouent un rôle central dans le contrôle de l’expression des gènes PSG. Ces résultats soulignent l’importance des éléments rétroviraux dans l’évolution humaine et dans certaines pathologies. »

Le Professeur Laurence Hurst (University of Bath), co-auteur correspondant, souligne l’impact clinique :
« La pré-éclampsie est une complication de grossesse dangereuse et étonnamment fréquente. En comprenant comment l’ADN viral contrôle les gènes du placenta, nous pouvons commencer à développer des outils permettant une détection plus précoce et de nouvelles stratégies d’intervention. »

 

Perspectives

L’équipe collabore désormais avec la Professeure Sandra Blois (University Medical Center Hamburg-Eppendorf) afin d’évaluer PSG9 comme biomarqueur dans des cohortes de grossesses de plus grande ampleur. De futures études, menées en collaboration avec Cedric Feschotte, Heidi Stuhlmann et Robert Schwartz, exploreront également si des circuits régulateurs rétroviraux similaires pourraient permettre de mieux stratifier les risques ou d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques dans les pathologies placentaires.

 

Contact:

Dr Manvendra Singh
Directeur de recherche, laboratoire RETROGEN
INEM – Institut Necker Enfants Malades
manvendra.singh@inserm.fr